COLLECTION PHILIPPE MISSILLIER
HAUTE ÉPOQUE – LIVRES – ARMES À FEU DU XVIIE SIÈCLE
ART CYNÉGÉTIQUE – PHALÉRISTIQUE
ARMES DES XVIIIE ET XIXE SIÈCLE – ART RUSSE
Vendredi 7 mars 2025 - 11h à 12h
AFRIQUE ET OCÉANIE – EXTRÊME-ORIENT
Vendredi 7 mars 2025 - 14h
ART ISLAMIQUE ET INDIEN
Drouot - salles 5-6
EXPOSITION
Mardi 4 mars de 11h à 18h
Mercredi 5 mars de 11h à 18h
Jeudi 6 mars de 11h à 12h
Téléphone pendant l’exposition + 33(0)1 48 00 20 05
GIQUELLO
Alexandre Giquello
Violette Stcherbatcheff
5, rue La Boétie - 75008 Paris
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EXPERT
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Lot n° 174 (de la vente)
Importante coquille en nacre gravée et décorée en l’honneur de l’envoi du Berretone et du Stocco au grand-maître de
l’ordre de Malte Emmanuel Pinto par le Pape Benoit XIV en 1747
Grande coquille en nacre gravée partiellement traitée en camée figurant le grand-maître, assis sur un trône, en robe et
manteau noir de la Religion ornée de la croix à huit pointes, surmonté d’un dais orné de ses armoiries soutenues par deux putti
et sommées d’une couronne fermée. Les bras posés sur des accotoirs à volutes, le visage tourné vers sa droite, il regarde une
couronne royale à huit arches fermées sommées d’un orbe crucifère, posée à côté d’un sceptre ou bâton de commandement
sur une table au piètement mouvementé. À ses pieds, assis sur les marches de la tribune, quatre esclaves noirs les bras liés
dans le dos se font face. Un décor de voutes architecturées orné de rideaux est gravé de part et d’autre du dais, il révèle : à
gauche une flotte composée d’un vaisseau à deux ponts et quatre galères de l’ordre devant un fort oriental, à droite, un mort
sous une lampe, symbole figurant sur le contre-sceau de l’ordre. Elle est enchâssée dans un bandeau en bronze gravé de la
légende F. DON. EMMANUEL. PINTO. MELITÆ. PRINCEPS. S.R.I.M.M. REGIA. CORONA. SACRISQVE. PILEO. ET. ENSE.
A. SVMMO. PONTIFICE. DECORATVS. M.DCCXLVII. (Fra Don Emmanuel Pinto, prince de Malte, grand-maître de la sacrée
Religion hiérosolymitaine, décoré par le Souverain pontife d’une couronne royale, du chapeau et de l’estoc bénit en 1747). Au
dos de la coquille est gravée à la pointe une dédicace poétique en latin de Fra Francesco Caterino de Nobili au grand-maître.
La coquille et le bandeau sont fixés sur une plaque en laiton ajouré et découpé en forme de volutes, décoré de nacre gravée
de rinceaux et de drapeaux de l’ordre partiellement teintés rouge, formant un large cadre reposant sur deux canons et orné au
sommet de deux rameaux de laurier noués sur lequel repose le Stocco surmonté du Berretone encadré de deux trompettes
flammées aux couleurs de l’ordre. Au-dessus, un noeud de satin noir, orné d’une croix blanche à huit pointes, maintient
l’ensemble dans un coffret octogonal allongé recouvert de papier laqué noir gaufré à décor de branchage, les angles relevés
d’une bordure de papier doré à décor de fleurons et palmettes, le couvercle chargé d’une croix de Malte blanche bordée de
papier doré. Reste d’une ancienne étiquette d’inventaire, N21.
Usures, petits accidents épars à la nacre et au couvercle.
Diamètre de la coquille 13,2 cm, du cadre : 15,2 cm
Dimension de l’écrin : 37 x 32 cm
Italie, Trapani (?), milieu du XVIIIe siècle.
1230(B) CH
4 000/6 000 €
Exposition :
- La Provence et l’Ordre de Malte, Marseille, mai-juin 1981, Gap,
juillet-août 1981, n°59.
Le Berretone, chapeau ducal et le Stocco, estoc bénit, étaient des
marques d’honneur pontificales à l’usage attesté depuis le XIVe
siècle. Bénis dans la nuit de Noël par le pape, ils étaient ensuite remis
à un Dux, souverain et chef militaire : empereur, roi ou prince à titre
de remerciement ou d’émulation. S’ils n’étaient pas attribués dans
l’année, ils étaient à nouveau bénis l’année suivante en attendant un
Dux méritant. En forme de cylindre arrondi à double visière et deux
fanons, le chapeau était en velours brodé d’or orné d’une grande
colombe en perle figurant le Saint-Esprit. L’estoc était une longue
épée à deux mains, la poignée très ornée, la lame gravée du nom
du Pontife et de la date de bénédiction, le fourreau était également
en velours brodé d’or. Plus haute récompense militaire pontificale,
seulement six Berretone et Stocco furent remis au XVIIIe siècle, dont
quatre à des grands-maîtres de l’ordre de Malte. Les trois premiers
sont connus avec certitude, ce sont Antonio Manoel Vilhena en 1725,
Manuel Pinto de Fonseca en 1747 et Francisco Ximenes de Texada en
1774. La quatrième attribution n’étant attestée que par la présence
dans les collections de l’ordre d’un chapeau ducal et d’un estoc
bénit daté 1775, sans relation écrite, ils pourraient avoir été remis à
Emmanuel de Rohan Polduc en 1775 ou plus vraisemblablement à
Ferdinand von Hompesch zu Bolheim en 1798.
Ce luxueux objet d’art a sans doute été réalisé en Sicile à Trapani,
ville dont le commanditaire Fra Francesco Caterino de Nobili, était
receveur de l’ordre de Malte. Glorification de la remise de hauts
symboles militaires au grand-maître Pinto par le Pape, c’est avant tout
un manifeste de la souveraineté temporelle de l’ordre. La mise en avant
de la couronne fermée au-dessus des armoiries du grand-maître, mais
surtout sa présence sur une table à ses côtés, illustre symboliquement
l’affirmation de cette autorité qui se manifeste tout au long du XVIIIe
siècle par l’inlassable activité de l’ordre à se faire reconnaître comme
un état souverain, notamment à travers les honneurs diplomatiques.
Fra Francesco Caterino de Nobili (1692-1769), chevalier de minorité à
l’âge de 5 ans, d’abord commandeur de Saint-Paris de Teano au prieuré
de Capoue, puis de Saint-Jean à Gènes, Bailli de Sainte-Euphémie,
visiteur général du prieuré de Messine, il était également receveur de
l’ordre à Trapani et poète.
Manuel Pinto de Fonseca (1681-1773), chevalier de minorité à l’âge de
2 ans puis page du grand-maître à 11 ans, fut élu 68e grand-maître
de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dit de Malte en
1741. Il mourut après 31 ans de règne, sans jamais avoir quitté l’île de
Malte. Il fut le premier à utiliser le titre d’Altesse Éminentissime et la
couronne fermée des princes souverains qui furent ensuite portées par
ses successeurs et vinrent sommer les croix portées par les chevaliers.
Bibliographie :
- BERTHOD, Bernard, BLANCHARD, Pierre, Trésors inconnus du
Vatican, CLD éditions, Paris, 2021.
- DELAVILLE LE ROUX, Joseph, Note sur les sceaux de l’ordre
de Saint-Jean de Jérusalem, in Mélanges sur l’ordre de S. Jean de
Jérusalem, Alphonse Picard, Paris, 1910.
- DI FERRO, Giuseppe, Biografia degli uomini illustri trapanesi, tome
IV, Pietro Colajanni, Trapani, 1850.
- HENNERESSE, Dominique, Ordres et décorations du Saint-Siège,
Libreria Editice Vaticana, Cité du Vatican, 2019, pp. 262-263.
- RAYNAUD, Félix, VILLARD, Madeleine, RAMIERE DE
FORTANIER, Arnaud, La Provence et l’Ordre de Malte, Imprimerie
municipale, Marseille, 1981, illustré p. 24.
Référence :
Étudue Giquello, Drouot - salles 5-6, les 6 & 7 mars 2025